15/01/2014

Aujourd'hui, je ne vous fais pas un dessin

Je veux vous parler de ce que j'ai vu en 2013.

J'ai plongé ma main au fin fond de ma mémoire et voici les meilleurs spectacles (théâtre, danse, musique, performance...) que j'ai vu, et que j'ai envie de partager avec vous aujourd'hui :

Before your very eyes, de Gob Squad & Campo

Les Anglo-allemands de Gob Squad abandonnent la scène à quatorze préadolescents gantois qui s'ébattent « sous vos propres yeux » (Before Your Very Eyes) et débattent de ce qu'ils sont, de ce qu'ils seront, tandis que les premiers leur renvoient les images de ce qu'ils ont été. Dans un espace enclos de miroirs, les personnages âgés de 10 à 14 ans jouent avec eux-mêmes et avec les spectateurs, en un questionnement incessant, cru et cruel où la puberté vient se cogner à l'impensable adulte : « Comment serai-je à quarante ans ? »
Before your very eyes est le troisième volet d’une trilogie. Le centre CAMPO invite un artiste ou un collectif à participer à chacun des volets : Ubung de Josse De Pauw en 2001, jouée dans le monde entier. That Night follows day de Tim Etchells, qui évoque les questions de l’éducation, du rapport aux parents, du bien-être, avec beaucoup de lucidité et d’humour. Before your very eyes : au lieu d’inviter un artiste seul, Campo se tourne vers un collectif, Gob Squad, groupe de comédiens germano-britannique qui utilise les nouvelles technologies audiovisuelles de manière originale pour évoquer la vie de tous les jours. Le groupe, qui apparaît habituellement sur scène, décide de donner entièrement la parole aux enfants, et de traiter du processus de vieillissement de l’enfant. Il renouvelle les comédiens des deux premiers volets, qui ont grandi, et entame un processus d’enregistrement en 2009, auprès de 14 enfants âgés de 7 à 12 ans (qui ont aujourd’hui 10 à 14 ans). Pendant trois ans, Gob Squad a demandé aux enfants de s’interroger sur le monde qui les entoure et sur eux-mêmes, face à une caméra. Ils se projettent ainsi dans le futur en tant qu’adultes. Pendant le spectacle, le spectateur les observe de manière directe (sur scène) et indirecte (vidéo), à travers une pièce « sécurisée » composée de miroirs sans tain.




Pourquoi j'ai kiffé ? Parce que le principe est génial. Qu'est-ce qu'on sera, comment serons-nous dans 5, 10, 20 ans ? Les vidéos qui défilent révèlent les images des enfants sur scène... beaucoup plus jeunes. Et le dialogue se créé entre les vidéos et les jeunes acteurs. Ceux-là même s'interrogent sur leur devenir, jusqu'à le fantasmer à fond. Le tout dans une petite boite de glace sans tain. Une véritable prouesse, et un travail de longues années réfléchi.

Festival Mimi (Iles du Frioul, Marseille - Vendredi 05 Juillet)

Faiseurs d’Algecow, les avignonnais Bastien Pelenc et Thomas Barrière sculptent avec un burin et un marteau, directement dans la viande, la nouvelle marque du rock de voisinage. Sur le bord de la départementale, l’herbe ne repousse pas sur son passage… Thomas Bonvalet, enfanteur de l’Ocelle Mare, ex-prodige du Cheval de Frise, tranche au coupe-coupe un chemin solitaire vers la clairière de la connaissance. Les lianes exsudent, et les mygales rasent les murs… Pere Ubu, chaudière américaine, brûle les conventions, assèche les bons sentiments. Sous la cravache de David Thomas, son lider massimo, la Bête enrage, ses naseaux fument. Le Rock saigne, donc il existe… si tu n’y crois pas, mets tes doigts dans ses plaies, Saint Thomas…
Plongez au coeur des musiques innovatrices, en direct et en public avec Radio Grenouille, en compagnie des artistes du festival. 88.8 à Marseille radiogrenouille.com




Pourquoi j'ai kiffé ? C'est avant tout le lieu qui est incroyable. Les Iles du Frioul sont une vraie merveille de la nature, pour commencer, l'atmosphère est assez incroyable. Et puis, le festival se déroule à l'hôpital Caroline (désaffecté bien sûr). Et puis, vous avez droit à une vue panoramique sur Marseille, impressionnante.

Une Flûte Enchantée, de Peter Brook

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage... » De New York au Japon en passant par l’Amérique du Sud, l’Australie et l’Europe, Une Flûte enchantée est de retour aux Bouffes du Nord, le lieu de sa création, après avoir fait une jolie boucle autour de la planète, après avoir traversé 26 pays et avoir été représentée 260 fois. Enfant prodigue née pour être libre comme l’air, cette « Flûte » à l’âme voyageuse a été conçue par le trio Brook/Krawczyk/ Estienne pour se jouer de la plus tendre intimité avec son public et déjouer la pompe de l’opéra. Débarrassée du symbolisme et de la panoplie habituelle de ses effets scéniques, elle brille d’une fraîcheur des origines en remontant aux sources de l’inspiration d’un Mozart éternellement jeune, entourée de chanteurs talentueux, prêts à improviser, transposer, explorer de nouvelles couleurs et de nouvelles formes. En abordant Mozart dans un esprit ludique, en recherchant l’osmose entre le jeu et la musique, en plaçant chanteurs et orchestre au même niveau et au plus près du public, Peter Brook tout autant que le compositeur Franck Krawczyk et l’adaptatrice du livret Marie-Hélène Estienne cosignent une « Flûte » d’exception conçue pour que chacun puisse la considérer comme sienne. Le parti pris d’un parcours buissonnier qui renouvelle sans cesse la surprise de pouvoir entrer si simplement dans la magie et la tendresse d’une œuvre éternelle.






Pourquoi j'ai kiffé ? J'ai étudié Peter Brook au cours de mes (longues) années d'études. Un monsieur qui a eu la géniale idée d'appliquer sa théorie de l'espace vide : en gros, aucun décor, seulement le strict nécessaire, il ne faut pas empiéter sur l'imagination des spectateur. Comme il a raison. Je me rappelle avoir fait du théâtre et par manque de moyen, d'avoir travaillé à la mise en scène avec peu, avec rien. Croyez bien qu'avec quelques bambous et une toge, le monde s'ouvrait à nous. Et puis, l'adaptation est sublime : drôle, poétique, épurée.

The color of Time, cie Artonik

The Color of Time c’est un rituel éphémère, l’envie de partager collectivement une explosion de joie chromatique, en renouant avec la fête comme exorcisme de la peur de l’Autre. C’est l’envie que la rue redevienne l’espace de la cohésion et du métissage, symbolisé ici par le mélange des couleurs inspiré de la Holi, traditionnelle fête des couleurs hindoue. Célébrée en Inde à l’arrivée du printemps, cette fête est l’occasion de manifester son amitié aux autres. Partout dans les rues les gens dansent et défilent avec des poudres de couleurs dont ils s’enduisent mutuellement en riant. Ce jour-là les castes n’existent plus, chacun est l’égal de l’autre. Si l’origine du projet puise dans la culture indienne, sa forme est résolument contemporaine, une composition en mouvement associant comédiens-danseurs et musiciens en live. Pour prolonger le partage, Artonik invite le public à rejoindre la déambulation pour faire jaillir des “feux d’artifice” de Gulal multicolore et changer ensemble la couleur du ciel.





Pourquoi j'ai kiffé ? Les couleurs chatoyantes. La musique. Les gens et leur sourire. Cette joie contagieuse qui éclatait dans les rues.

Le Vieux Port, entre Flammes et Flots, réalisée par la cie Carabosse

Nouvellement aménagé, le Vieux-Port fixe ce week-end-là son rendez-vous de lumière : à l’initiative de Karwan, la compagnie Carabosse y déploiera tout son vocabulaire de flammes familières et dansantes, du simple pot à de multiples scénographies terrestres et maritimes. Pendant deux soirs, à la nuit tombante, le public pourra déambuler en faisant le tour complet du Vieux-Port grâce à la mise en place d’un ponton en lieu et place du fameux pont transbordeur inscrit dans la carte postale de la mémoire marseillaise. La compagnie Carabosse est une compagnie célèbre dans le monde entier pour la poésie de ses embrasements qui, au contraire des feux d’artifice, magnifient les lieux à la bougie ou par des flammes, non par des gerbes tombées du ciel. Le pot de feu constitue son vocabulaire principal. Il y en aura des milliers. A partir d’eux, la compagnie invente des scénographies flamboyantes : lianes, boules, fontaines, balancelles, giroscopes, arches, fleurs géantes…. L’allumage fait partie de la mise en scène, par vagues successives. Un paisible effet de merveilleux saisira l’ensemble du Vieux-Port éclairé comme à la bougie et séquencé de mobiles aux flammes vivantes, rade et quais confondus. Le public est invité à s’y promener, tranquillement, comme d’habitude. Et pourtant, tout sera différent...






Pourquoi j'ai kiffé ? Le feu m'a par nature toujours fasciné. Le Vieux Port de Marseille se transformait en une déambulation incroyablement onirique. On se serait cru dans un rêve lent, merveilleux. L'impression était irréelle. Et cerise sur le gateau : la musique. Oh mon Dieu, cette musique. Je l'écoute, je ferme les yeux et je revis ce rêve. Je suis sympa, voici un lien, savourez-la.